Parelli, le horsemanship, et la compétition sont-ils compatibles ?

Parelli, le horsemanship, et la compétition sont-ils compatibles ?

Voici un article qui me tient à cœur de vous partager et qui va je l’espère vous faire prendre conscience d’un grand nombre de suppositions et vous amener son lot de révélations.Peut-on éthiquement parlant pratiquer la compétition jusqu’à un haut niveau en respectant les besoins du cheval et son bien-être ?

Peut-on rendre compatible le programme Parelli avec la pratique de la compétition ?

Le tout premier point qui fait poser cette question, est comment assumer éthiquement parlant que notre but en pratiquant la compétition est d’avoir du succès, d’être donc le premier sur la marche du podium, de vouloir gagner ?Cette question de compatibilité entre Parelli et la compétition supposerait, dans sa manière d’être posée, que l’on sous entendrait qu’il faille mettre de côté notre éthique et nos principes de horsemanship pour pouvoir gagner. Ce n’est pas la bonne formulation de question car dans les faits, quand le bureau Parelli a commencé à travailler avec des cavaliers professionnels, non seulement ces cavaliers se sont impliqués corps et âmes dans les principes et la philosophie du programme Parelli, mais de plus leurs résultats en compétition ont gagné en constance et en amélioration.

Point important qui risque d’en surprendre plus d’un : vous pratiquez tous le programme Parelli ! Beaucoup sans le savoir, et surtout beaucoup beaucoup sans utiliser la bonne attitude, la bonne lecture du cheval, le bon timing, le bon tact, etc.Le programme Parelli n’est autre qu’un programme de FONDATIONS de création d’une compréhension, communication et d’un partenariat réciproque entre l’homme et le cheval. La compétition, la professionnalisation, la valorisation, le spectacle, les jeunes chevaux, etc. sont ensuite la SPÉCIALISATION. Les FONDATIONS, vous voyez, c’est le magnifique gâteau derrière la vitrine de la boulangerie. Si ces FONDATIONS sont solides et bien construites, alors le chemin vers la SPÉCIALISATION, c’est toujours beaucoup d’investissement, mais chaque nouveau pas est déjà une victoire à lui tout seul. Vous savez ce que vous avez construit et vous savez quels ingrédients solliciteront le meilleur de votre duo, jusqu’à savourer la cerise sur le gâteau, la victoire !Or parfois, même trop souvent, dès que l’on sort le gâteau de la vitrine, il manque malheureusement de goût, s’effrite, voir n’a aucune saveur, est d’une lourdeur incroyable et dans le pire des cas peut même vous rendre malade quelques jours selon les ingrédients mis dedans, et avec un peu de chance vous ne vous êtes pas encore étouffé … Mais cela reste un gâteau alors on s’en contente, et si on persiste, et bien un jour on atteint (on ne sait pas trop comment, mais on l’atteint), la cerise sur le gâteau. Là tout votre entourage vous félicite, vous dit combien vous avez persisté, voir même mérité cette apothéose. Or cette victoire, a-t-elle vraiment la saveur tant attendue ? Et surtout avez-vous la moindre idée de comment réitérer cet exploit ?La plupart des cavaliers en compétition ne voient que la vitrine, …. Et les cerises ^^Pourtant, absolument toutes les disciplines équestres que je connaisse, clament que leur but premier est d’agir dans l’intérêt du cheval. L’essence même de leurs slogans dit quelque chose comme notre but est en tout premier lieu et avant tout de veiller au bien être physique, mental et émotionnel du cheval. Je ne connais aucun sport équestre qui clame qu’il est prêt à sacrifier tous les chevaux qu’il faut, tant qu’ils peuvent maintenir leur place dans le cercle des vainqueurs. Et cela est très sensé car à l’origine si les gens se sont tournés vers les chevaux et vers les sports équestres, c’est parce qu’ils les aiment et souhaitent le meilleur pour eux…Comment cela la réalité des concours est toute autre ? Vous aussi vous avez ce sentiment ?Alors pour vous, les cavaliers qui aiment les chevaux et souhaitent un cheval heureux, volontaire et performant, avec une super relation, la vraie question devrait être :

« Comment rendre compatible la compétition avec du horsemanship de qualité ? »

Une question de réalités : la réalité liée au fonctionnement de la compétition, et la réalité liée à la philosophie du horsemanship.Tous les sports ont des conflits d’intérêts. Oui ils font de leur mieux pour pouvoir tenir compte du bien être du cheval, mais ils sont aussi avec une idée en tête quand on concourt, on veut gagner ! Ces conflits existent quand les gens concours les uns contre les autres. La récompense va au cheval le plus rapide, celui qui saute le plus haut, ou celui qui reçoit la plus haute note du juge. La compétition ne tient pas compte de récompenser celui qui concourt avec le cheval le plus heureux d’être là.

La compétition récompense la performance. Si X fait un parcours sans faute et va plus vite que Y, alors X gagne. Peu importe si Y était plus calme, plus heureux et mieux connecté avec son cavalier. Ce sont les règles du jeu. A chacun de suivre les règles officielles de compétition et les règles de l’éthique publique ! Et celles pour le cheval ? Le horsemanship de qualité du programme Parelli a encré en lui du plus profond vers le plus superficiel d’avoir pour but premier un cheval calme, connecté, en réponse, heureux et avec un puissant lien entre le cavalier et le cheval. Il n’y a alors pas de problème au fait de concourir et être performant tant que tout est mis en œuvre pour avoir préparé le cheval à ce qu’il y trouve son compte, et s’amuse, même le jour du concours. Vouloir être performant et préserver sa relation avec son cheval devraient être inséparables et une priorité. Ainsi la victoire est un bénéfice additionnel parallèle, avec cette sensation de victoire de couple, pour vous et votre cheval.

En tant que cavalière, j’ai toujours concouru, et pratiqué nombreux terrains, que cela soit en tant que cavalière ou en tant que spectateur sur des internationaux, et même à présent en tant que coach.Or compétition signifie préparation, pour que tout le monde passe une bonne journée et en priorité votre cheval :- préparer l’embarquement de jour comme de nuit : votre cheval est-il à l’aise pour embarquer en 10 secondes top chrono ? Devez-vous vous dépêcher de mettre le moteur, démarrer et ranger rapidement vos dernières affaires sinon votre cheval risque de démolir tout l’intérieur de votre remorque ? Ou bien mange t’il tranquillement son foin sans s’agiter ni appeler les copains ?

– préparer le transport, rouler longtemps : est-ce que votre cheval peut se faire doucher à l’éponge ou à la bouteille (préparation en cas de bouchons en pleine canicule, les chevaux toujours dans le van) ? Est-ce que votre cheval bouge et secoue votre van quand il roule ? Tape t’il ? Gratte t’il ? Est-il en sueur de stress à l’arrivée ?- votre cheval sait-il trouver son calme et de la décontraction dans un nouvel environnement, qui plus est avec du bruit, beaucoup de monde, souvent beaucoup de couleurs et de banderoles, les applaudissements ? Les chevaux ont une faculté d’adaptation incroyable, et son naturellement programmés pour ne pas montrer stress et faiblesse. En tant que proie, on pense à ses douleurs une fois que l’on est en sécurité. Or si vous aviez une baguette magique, quels seraient tous les éléments pour lesquels vous aimeriez aider votre cheval ? Si votre liste dépasse le nombre de 0, alors au travail !!!- pouvez-vous préparer votre cheval sans qu’il bouge, tire ou s’affole à l’attache ? Votre cheval s’inquiète t’il si son copain de transport ou de pré s’en va au loin au paddock ?- votre cheval est-il long à se mettre en route au paddock de détente ? Est-il difficile à tenir ? Pouvez-vous vous mettre en selle sans qu’il bouge ses pieds durant 30 secondes ? A-t-il peur des autres chevaux qui évoluent autour de lui ?

La liste des préparatifs est encore longue, et on peut toujours faire mieux pour amener du confort à nos chevaux en compétition. Toujours mieux limiter le stress et ainsi augmenter la performance, même avec des chevaux de niveau Parelli avancé. Les stratégies et les séances d’éducation ne manquent pas pour nous aider dans le programme. Le fitness mental et émotionnel est un cheminement passionnant et de longue haleine, et tellement gratifiant.J’entends souvent les cavaliers dire « d’habitude à la maison il n’est pas du tout comme ça » … puis je regarde le cheval, ses yeux, son corps et toute son énergie qui me disent “d’habitude à la maison, mon cavalier et mon environnement ne sont pas du tout comme ça”Et parfois même, des cavaliers et des chevaux de cet environnement présent. Qu’avez-vous changé ? Qu’est-ce que vous n’avez pas suffisamment préparé pour mieux aider votre cheval ?

Comment pouvez-vous espérer obtenir les mêmes choses qu’à la maison si vous ne préparez pas votre cheval et si vous ne vous comportez pas comme à la maison ?Et vice versa, avez-vous les mêmes attentes, la même précision de communication et de perspicacité chez vous qu’en concours ?

La question était : « Est-ce que la compétition et le programme Parelli, ou horsemanship sont compatibles ? »La question qui suivrait si la réponse était NON serait : « Comment rendre alors les compétitions compatibles avec du horsemanship de qualité ? De quels changements avons-nous besoin dans notre sport ? »Et là attention je sais déjà que des protestations vont suivre, et peut-être je vais offenser certains compétiteurs, d’autant qu’ils pensent certainement qu’ils placent le confort et le bien être de leur cheval en priorité.

Je pose la question à tous ceux qui aiment sortir en compétition en sport équestre aujourd’hui avec leurs chevaux :

« Etes-vous demain capable d’arriver dernier du classement, même d’un gros événement, votre cheval ayant donné le mieux qu’il pouvait selon vos préparatifs et vos demandes, et pouvoir continuer à penser que c’était une belle et chouette journée ? »

Si la réponse est un honnête « OUI », alors je pense que vous avez le meilleur tempérament et la meilleure philosophie possible pour sortir en concours, et je serais heureuse de vous croiser vous et votre cheval sur un concours. D’ailleurs il y a de forte chance, que je repère le bonheur de votre cheval en premier, le bonheur d’être là et de partager cette journée avec vous, et si en plus de ce brillant gâteau vous atteignez la plus haute marche du podium, alors je serais plus que ravie pour vous.

Mais si la réponse est « NON », ou bien vous devez repenser à cette question un petit moment avant de répondre, alors je vous laisserai réfléchir ensuite à :« En quoi finir dernier ce jour, serait pour vous une mauvaise journée passée avec votre cheval ? ».

Finalement concourir, n’est-ce pas d’abord partager d’excellents moments avec nos chevaux ?

Ce débat est de taille depuis quelques mois à présent, et l’opinion publique se charge de plus en plus d’observer ce qu’il se passe sur les terrains de concours. Si les spectateurs sont choqués de certains actes et certains comportements, alors pourquoi ne l’êtes-vous pas vous-même ?Je suis compétitrice et j’aime gagner ! J’aime retrouver les collègues en concours. J’aime que mes chevaux se sentent aussi bien dans leur van qu’à l’extérieur. J’aime qu’ils soient calmes sur la ligne de départ, et si un jour ils ne le sont pas, c’est que je ne le suis pas moi-même. Mes chevaux aiment le sport, aiment les jeux présents dans la performance, car ils y trouvent SÉCURITÉ, CONFORT et JEUX de LEADERSHIP.

Pat Parelli a un élevage de Quarter Horses spécialement développés pour du Cutting de haut niveau. Et quand Pat et ses élèves sortent en compétition, ce n’est pas juste pour faire figuration. Or un étudiant a posé la question à Pat concernant l’entraînement de ses chevaux : Comment les garder motivés et leur donner l’envie de gagner ? Comment veiller à leur santé physique, mentale et émotionnelle ? Quel est l’entraînement adéquat ? La réponse de Pat était : veiller à fonctionner 80% de séances sur la FONDATION, sous entendez le programme, les jeux, les patterns d’entraînements physique, mental et émotionnel, la préparation au changement d’environnement, aux nouveautés soudaines, au transport, etc., et 20% de séances sur la SPÉCIALISATION en lien avec le parcours ou les demandes spécifiques à la compétition de votre discipline. Pour la petite anecdote, il n’est pas rare que ses chevaux ou ses élèves ne fassent qu’une seule ou deux séances de manoeuvres de Cutting pur et d’aller en concours le lendemain ! Et de gagner 😉 !

Assurez-vous de procurer la même chose à vos chevaux, les FONDATIONS avant la SPÉCIALISATION … et montrez nous du beau sport !

Article rédigé par Sarah Fricoteaux

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